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Jours tranquilles à Créteil : Voyage au bout d’une haine ordinaire

de Benoît Rayski

mardi 9 novembre 2004, par librairie en ligne


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Présentation de l’éditeur

Aujourd’hui, des Juifs quittent la France. Pour Israël, pour les États-Unis, pour le Canada. Pour n’importe où... N’importe où sauf ici, en France. S’ils ne sont pas si nombreux à faire le saut définitif vers ailleurs, dans leurs têtes, ils sont légions à avoir déjà quitté la France. En fait, ils ont tous chevillée au coeur la conviction profonde que c’est la France qui les a quittés.

La France était leur pays et ne l’est plus. Ils étaient chez eux et ils n’y sont plus. Français ils étaient, Juifs ils sont devenus. Rien que Juifs. Une amputation douloureuse dont tous confient l’avoir subie dans la souffrance.

Ces Juifs-là sont jeunes pour la plupart. Ils ont dix-huit, dix-neuf ou vingt ans. Je les ai rencontrés, je les ai écoutés. « Pourquoi resterions-nous en France puisqu’il n’y a pas d’avenir pour nous ? » concluent-ils. Dans leur bouche, le mot « avenir » se décline désormais sur une gamme qui va du désespoir à la résignation. Pour expliquer ce qui leur arrive, ils évoquent pêle-mêle, souvent avec colère donc sans grandes nuances, l’antisémitisme des banlieues - des Arabes, disent-ils -, les insultes et les coups dont ils sont victimes, l’indifférence de l’opinion et des enseignants en particulier, les sentiments propalestiniens qui dominent dans notre société, la stigmatisation permanente d’Israël qui les blesse...

Je suis allé les voir. Un voyage qui m’a amené rue Saint-Claude (IIIe arrondissement de Paris), où de jeunes Juifs ont été lynchés après une manifestation propalestinienne. Je me suis rendu au lycée Montaigne (VIe arrondissement), où l’histoire d’un élève juif martyrisé par deux condisciples d’origine arabe a pris la dimension d’une affaire d’État, au collège Beaumarchais (XIe arrondissement), où la principale dit ne plus pouvoir protéger les petits Juifs qui sont scolarisés dans son établissement. À Arcueil, la passion propalestinienne nourrit chez la population juive un sentiment d’exil intérieur. Et pour sortir de ce pathétique Mur des Lamentations, je suis allé aux Ulis, où les juifs respectent un rabbin qui a reçu l’accolade de Yasser Arafat, et à Créteil, où ils sont environ vingt mille à se sentir chez eux et à vivre des jours tranquilles. Cependant, tous savent que la haine rôde. Tous, même ceux qui réussissent à s’en protéger. Ainsi, les numéros spéciaux SOS juifs reçoivent-ils quotidiennement des centaines d’appels de détresse, que j’ai pu écouter avec attention. De cela on ne sort pas indemne. Et je ne suis pas sorti indemne de mon voyage.

Avec force et sans complaisance, L’auteur, ne craint pas d’affronter le terrain polémique.

L’auteur vu par l’éditeur

Benoît Rayski est journaliste. Il a collaboré à France-Soir, au Matin de Paris, à Globe et à L’Événement du Jeudi. Il a notamment publié L’Enfant juif et l’enfant ukrainien (Éditions de l’Aube, 1999), Un livre rouge (Le Seuil, 2000), et L’Affiche rouge (Éditions du Félin, 2004).


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